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La Citroën Axel, l'aventure roumaine

Sources : Double Chevron n°46 (Hiver 1976); "Citroën, Peugeot, Renault et les autres, histoires de stratégies d'entreprises" (Jean-Louis Loubet, ed. E.T.A.I.); "Citroën, Essai sur 80 ans d'antistratégie" (Joël Broustail, Rodolphe Greggio, ed. Vuibert, février 2000); "La Citroën GS de mon père" (Dominique Pagneux, ed. E.T.A.I., 2001)



La Citroën Axel en exécution de base

L'approche très timide des possibilités d'exportation en Europe de l'est développée par la firme du quai de javel sous la présidence de Pierre Bercot, va changer avec l'arrivée de Georges Taylor à la tête du directoire Citroën en 1974. Ancien de Peugeot, né en Roumanie, ce dernier est convaincu des possibilités du bloc de l'est en matière d'exportation automobile. C'est sous son impulsion, avec l'accord de Peugeot, désormais maison-mère de Citroën, que le constructeur va s'impliquer en RDA, en Roumanie et même tenter une implantation en URSS.

L'Accord Roumain

Signé le 30 décembre 1976 par Nicolae Ceausescu, alors président de la République Socialiste de Roumanie et dictateur notoire, et Georges Taylor, président du directoire Citroën, l'accord entre Citroën et l'état roumain était ambitieux et ouvrait à Citroën les portes du rideau de fer (!).
Le document prévoyait la construction à Craiova, dans la province d'Olténie, d'un complexe industriel de près de 350 000 m2, composé d'une usine de mécanique, d'un atelier d'emboutissage et d'installations de montage, le tout employant près de 7000 personnes. Du côté français, c'est 1200 emplois directs chez Citroën qui devaient être créés et 2500 chez les sous-traitants.
La construction et l'exploitation du complexe revenait à la société mixte franco-roumaine "Oltcit", (contraction de l'Olténie et de Citroën) créée pour l'occasion, et dont Citroën prenait 36% du capital. Le total des investissements s'élevait à 2,5 milliards de francs. A pleine cadence, pas moins de 130 000 voitures devaient être produites chaque année!
En compensation des importations par la Roumanie de pièces destinées à l'assemblage, Citroën devait acquérir pas moins de 50% de la production pour l'écouler dans son réseau en Europe de l'ouest, le reste des voitures devant être commercialisé en Roumanie et dans le COMECON par Oltcit sous sa marque .


16 décembre 1976, visite de l'usine Citroën d'Aulnay-sous-Bois par la délégation roumaine.


Le premier ministre roumain de l'époque signe le livre d'or de l'usine d'Aulnay-sous-Bois sous l'oeil de Georges Taylor.

Le projet Y

La voiture destinée à être produite en Roumanie est un avatar du projet Y. Conçu pour remplacer les Ami 8 et Super vers 1977, ce véhicule est d'abord basé sur une plate-forme de Fiat 127 sous l'impulsion des accords Citroën-Fiat. A la rupture entre les deux constructeurs, il est repris avec une base entièrement Citroën : traction avant, carrosserie deux volumes à hayon et seuil de chargement très bas, deux ou quatre portes, freinage à quatre disques, excellent Cx de 0,34, longueur de 3,70 m, disposant d'une mécanique GS et d'une suspension élaborée (sans toutefois recourir à l'hydraulique), le projet semble très prometteur. Mais à la prise de contrôle par Peugeot en 1974, le couperet tombe : le projet Y fait partie des victimes de la maîtrise des coûts recherchée par les nouveaux maîtres de Sochaux, avec les SM, GS birotor...
Tout n'est cependant pas perdu, puisqu'une version diminuée servira de base à la nouvelle Citroën construite en Roumanie. Hélas, le démarrage de l'usine de Craiova est si lent que les premières voitures badgées Oltcit ne sortent qu'en 1982, soit près de huit ans après la signature de l'accord, et douze ans après les premières esquisses de la remplaçante de l'Ami 8, qui s'est vue entretemps dépouillée de l'essentiel de son contenu technologique!

l'Axel

D'apparence, la voiture se présente comme une Visa deux portes, mais elle en est éloignée techniquement : moteur de GS en haut de gamme, suspensions à barres de torsion et freinage à quatre disques (la Visa repose sur une plateforme de Peugeot 104 : suspension Mac Pherson et freins à tambours à l'arrière). Le tableau de bord reprend quant à lui les satellites chers à Citroën. D'abord disponible en 1982 dans les pays de l'est sous la marque Oltcit en 2 cylindres (652 cm3) et 4 cylindres (1129 cm3 de la GSA) avec pare-chocs métallique simplifié et logo Oltcit composé d'un seul chevron au centre d'une ellipse, elle est ensuite exportée en Europe de l'Ouest sous la marque Citroën en 1129 et 1299cm3 (toujours d'origine GSA) avec calandre ornée des double chevrons et pare-chocs thermo-moulé.
Trois exécutions et deux motorisations sont disponibles en France :

  • Axel : moteur 1129 cm3, 57 ch DIN et 150 Km/h
  • Axel 11 R : même mécanique mais finition améliorée : entourages de vitres noirs et non peints, projecteurs H4, équipement plus complet
  • Axel 12 TRS : moteur 1299cm3, 61,5 ch DIN et 157 Km/h, même présentation que la 11 R mais avec des jantes d'aspect plus flatteurs.
    - Deux versions entreprise (en 1129 et 1299cm3) viennent compléter l'offre.

Axel 12 TRS, le haut de gamme à moteur GSA 1299cm3

Si la voiture tient encore la comparaison avec les modèles concurrents (Peugeot 205, Supercinq) en tenue de route, confort et habitabilité, la consommation est relativement élevée par rapport aux moteurs concurrents et surtout la qualité de construction ne suit pas, même comparée aux finitions françaises du milieu des années 80, qui n'étaient pourtant guère reluisantes.
Les opérations d'assistances techniques de la part de Citroën envers l'usine roumaine doivent se multiplier, et l'atmosphère de l'usine a mauvaise réputation parmi les ingénieurs du double chevron...
De plus la situation financière de l'autre côté du rideau de fer va en se dégradant et Craiova ne peut plus payer ses pièces à Citroën dès 1986 ! La production des quatres premières années est très loin de l'objectif de 130 000 unités annuelles prévu initialement : 5400 voitures en 1983, 37 000 en 1984, 30 000 en 1985 et 16 000 en 1986. Le principal atout de la voiture tient dans son prix très bas : en 1989, l'Axel de base est moins chère que la 2CV6 Special dont la production vient d'être délocalisée au Portugal ! Et la 11R se situe 1800 F au-dessous de la 2CV Charleston...


Axel 11R, le hayon descend jusqu'au pare-chocs, dégageant un plancher complètement plat, grâce aux amortisseurs disposés horizontalement.

Citroën se désinteresse de la voiture qui n'évolue pas au fil des ans, et se retire de Oltcit dès 1988, l'importation en Europe de l'ouest cesse en 1990. Rebaptisée Oltina à la faveur d'une privatisation, la firme continua à construire l'Axel sous une forme améliorée jusqu'en 1996.

Aujourd'hui, l'Axel se fait très rare sur nos routes et n'a pas laissé de souvenir impérissable dans la mémoire des citroënistes, très peu présente jusque dans les casses, elle sert parfois de banques de pièces pour les GS/A, à moins que ce ne soit l'inverse...

L'aventure de Citroën avec l'Axel est assez symptomatique des déconvenues des constructeurs automobiles français qui rêvaient de passer de l'export au montage local dans les années 70, en pensant s'appuyer sur des régimes politiques à priori solides et des marchés prometteurs. La plupart de ces tentatives se révéleront des échecs cuisants et, dans le cas de Citroën, cette déception s'ajoutera à beaucoup d'autres, les fermetures d'usines ou abandon de parts dans les sociétés mixtes hors du sol européen se succédant dans les années 70-80 : 1976 en Iran (assemblage de Dyane), 1980 en Argentine, Maroc, Yougoslavie (Dyane, GS et GSA), 1983 au Chili.

En savoir plus

Liens

La doc technique

  • L'Expert Automobile, n°221, 1985, Citroën Axel, disponibilité inconnue.
  • Revue Technique Automobile n° 459, 1985, Citroën Axel, disponibilité inconnue.
  • Etudes de la Revue Technique Automobile, Citroën Axel 1130, 1300cm3 (85/90)
  • Revue Technique Carrosserie, Citroën Axel, disponibilité inconnue .

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