La "GS aux flèches" de Jean-Pierre Lihou
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Tous
les amateurs de GS ont entendu parler de la fameuse "GS aux flèches".
Partant d'une GS X2, l'artiste Jean-Pierre Lihou a mis en oeuvre en
1976 sa conception de "l'énergétisme" en réalisant
une progression chromatique de 73 teintes différentes doublée
d'un module de flèches, le tout lisible dans deux sens.
Retour sur une GS mythique à travers les propos et explications
de son auteur, où l'on apprend notamment que c'est la CX qui
aurait du être le sujet de l'expérience... |
A l'automne 1975 je travaillais depuis plusieurs années déjà
sur l'étude des rapports de forces dans l'espace-page, c'est à
dire dans le plan, en utilisant des réseaux de flèches colorées.
J'avais intitulé cette démarche " Énergétisme
". Mon propos était d'explorer l'interprétation de
concepts dynamiques avec des signes de forces que sont les flèches
et leurs lignes de tensions.
Appliquer ces expériences picturales à un mobile faisait
partie de mes intentions. J'ai fait proposer l'idée par M. Sorel,
une relation qui avait un contact direct avec la direction de Citroën
en présentant une esquisse pour une CX, pas du tout pour une GS.
La CX, voiture prestigieuse en son temps venait de sortir. Son nom, mettant
l'accent sur l'écoulement de l'air, le "cx", l'esthétique
du véhicule équilibrant les formes de pénétration
dans l'air avec celles facilitant sa fuite en arrière correspondaient
parfaitement à l'esthétique que j'avais mise au point dans
mes peintures, faite de flèches allant dans deux directions opposées.
Jacques Wolgensinger qui était le directeur des relations publiques
de Citroën a été immédiatement conquis par mon
projet. Avec la complicité de son assistante Mme Marlène
Cotton ils l'ont porté avec détermination, intelligence
et bienveillance jusqu'à sa réalisation. La direction générale
a refusé que je touche à la CX, nouveau fleuron de la marque,
il n'était pas question de laisser un "artiste" se livrer
à ses facéties hasardeuses. Les artistes ne sont-ils pas,
aux yeux de bon nombre de gens modernes petits et grands du 20e siècle
des farfelus marginaux, dont il faut se méfier ! Jacques Wolgensinger
a beaucoup bataillé pour mettre en valeur l'intérêt
et " l'unicité " du concept afin qu'une réalisation
se fasse malgré toutes les réticences de ses patrons (Jacques
Calvet était alors le président du directoire). Il a donc
été convenu que se serait une GS qui me serait affectée.
La GS avait besoin d'être relancée, mon projet pouvait y
contribuer. En cas de ratage, la direction a considéré que
sur la GS ils couraient moins de risques que sur la CX... D'un point de
vue pictural, la donne était considérablement changée
car la GS est un véhicule tronqué sur l'arrière,
qui exprime surtout la pénétration, peu l'écoulement.
J'ai tenu compte de cette donnée et j'ai mis au point, sur une
dizaine de maquettes plan, une autre gamme de 73 couleurs qui assouplissaient
le fuselage de la carrosserie.
J'ai peint cette GS pendant le mois de Juillet 76, Été de
grande canicule, dans un ancien atelier de menuiserie de l'usine Citroën
à Paris. J'ai utilisé une laque glycérophtalique
appliquée au pinceau à main levée, sur un tracé
préparé avec une extrême précision.
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La réalisation de la peinture sur
la voiture demanda 500 heures de travail et soixante-treize petits
pots de peinture de teintes différentes. Elle eut lieu pendant
la canicule de l'été 1976.
Jean-Pierre Lihou : " C'est la raison pour laquelle j'étais
dans cette tenue légère !!! Au grand " dam "
des dirigeants de Citroën les quelques fois qu'ils sont venus
voir la progression du chantier, eux étaient en costume trois
pièces et souliers vernis !!!! Je crois qu'ils trouvaient ma
tenue " shocking "...Tant pis, car c'était la seule
adaptée à de bonnes conditions de travail. " |
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"Sur le hayon on voit la règle souple
fabriquée avec du ruban adhésif sur lequel étaient
tracés des repères de " compensation d'erreur
de tracé " ce qui m'a permis de tracer la trame des
flèches sans erreur visible à l'il. En réalité,
je crois me souvenir qu'il doit, malgré tout, y avoir une
erreur de 3 ou 4 mm à l'arrière de la GS entre le
côté G et le côté D, sur le dernier rang
de flèches.
La flèche collée à côté de la
règle était un repère fixe, chaque fois que
j'utilisais la règle je la reposais de tel sorte qu'un repère
central sur la règle coïncide juste en face de ce repère."
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"On voit bien le chapeau qui protégeait
la peinture de la poussière, et au fond le seau d'eau avec
lequel j'épongeais la carrosserie au fur et à mesure
que j'avançais, que j'aspergeais le sol pour l'humidifier,
et que je me renversais sur la tête de temps en temps pour
me rafraîchir tellement j'ai crevé de chaleur (comme
tout le monde cet été 76-là et en particulier
sous ce chapiteau )"
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En Janvier 77 cette GS était présentée au public
dans les salons Citroën des Champs-Élysées, elle a
rencontré un très gros succès et soulevé souvent
la même question posée aux dirigeants: Pourquoi vous n'avez
pas fait la CX ? ou dans sa version conciliante, pourquoi vous n'avez
pas fait la CX et la GS en même temps...
La GS-flèches a ensuite fait une tournée en France avec
une sélection de mes peintures, dans les concessions Citroën
qui en faisaient la demande. Puis je n'en ai plus jamais entendu
parlé. J'espère que Citroën l'a correctement
entretenue, notamment en la protégeant des rayons UV, comme
je l'avais préconisé afin que l'équilibre des
nuances délicates de couleurs fragiles (rouges, jaunes en
particulier) ne soit pas détruit. j'avais d'ailleurs
laissé dans
le coffre de la GS un pot de chacune des couleurs pour les éventuels
reprises !
Jean Pierre Lihou
Juin 2001
Note : La voiture fait à l'heure actuelle toujours partie de
la collection Citroën. On a pu notamment la voir à l'occasion de
l'EuroCitro 2003 au Mans.
Plus d'infos
Le site de Jean-Pierre Lihou avec ses autres créations
: www.art-creation.com
La partie du site de Jean-Pierre Lihou consacrée à
l'Énergétisme : Peintures
énergétiques
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